Autour du BIP 40 - Pauvreté

Le RSA : inefficace contre la pauvreté, et pérennisant les petits boulots

Jean Gadrey, 6 octobre 2008

Pauvreté - En débat

Refus de la misère : changer de regard

Initiée en 1987 par des associations de défense des Droits de l’Homme, et reconnue depuis 1992 par les Nations Unies, une journée mondiale du refus de la misère est organisée tous les 17 octobre. Cette initiative est l’occasion de soulever de grandes questions concernant la pauvreté moderne : sa définition, son évolution et ses racines, et les types d’action à entreprendre. Dans tous les cas, le regard que l’on porte sur la pauvreté conditionne les réponses.

Il existe aujourd’hui un large accord national et international, au moins du côté des acteurs associatifs et publics les plus engagés, pour retenir la définition suivante : être pauvre, dans une société donnée, cela ne se réduit pas au fait d’avoir un revenu monétaire inférieur à un certain seuil.

Pauvreté et richesse...

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Raffarin décide d’augmenter de presque rien le SMIC, Ernest-Antoine Seillière du Médef s’exclame : « Le smic est trop élevé ! ». Raffarin prépare une amnistie fiscale en faveur des capitaux illégalement expatriés, Ernest-Antoine Seillière veut la fin de l’impôt dit sur les grandes fortunes ! Ainsi va le monde des inégalités !

De 1988 à 2002 le pouvoir d’achat des revenus monétaires de la propriété a augmenté de 202 % alors que celui de la plupart des salaires stagnait. Cette évolution divergente a conduit à une aggravation des inégalités de revenus, puisque les revenus des ménages les plus fortunés sont plus particulièrement constitués de revenus de la propriété. Pourtant selon l’INSEE le « taux de pauvreté relative » aurait baissé. Il serait passé de 7,1 % en 1984 à 6,5 % en 2000. Allez comprendre !

La paresse n’est pas la cause de la pauvreté

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Le nombre de Français qui pensent que la pauvreté et le chômage s’expliquent par le fait de ne pas vouloir travailler augmente d’après les sondages. Ainsi, en 2002, 56 % des personnes interrogées estimaient que la pauvreté et l’exclusion s’expliquaient ainsi [1].

L’idée était déjà développée par l’économiste David Ricardo [2] au XIXe siècle lorsqu’il s’opposait à la loi sur les pauvres qui obligeait les paroisses à venir au secours des indigents. Les secourir n’allait pas les pousser à se sortir de la misère mais au contraire limiter leur recherche de travail et augmenter la natalité ... Si la crainte d’une trop forte fécondité a disparu, celle du risque de fainéantise, que provoqueraient le RMI et les allocations chômage, est toujours mise en avant : l’assistance serait une mauvaise solution.

Inégalités et pauvreté : la politique de l’autruche

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Depuis trente ans, l’apparition de nouvelles formes de précarité et d’exclusion pose à la fois la question d’une meilleure compréhension théorique et d’une meilleure analyse statistique de ces phénomènes. Les progrès réalisés par la recherche en sciences sociales sont réels et la collecte de l’information statistique a elle aussi progressé. La mesure quantitative de la pauvreté (combien sont les pauvres et qui sont-ils ?), qui joue un rôle important dans le débat public, demeure néanmoins un enjeu de controverses.

Qui est pauvre en France ?

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A la suite de notre article "Cohésion sociale : des politiques à l’aveuglette", Messieurs Jean-Michel Charpin, directeur général de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) et Bertrand Fragonard, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, ont fait la réponse suivante. A suivre.

La capacité de la statistique publique à rendre compte de l’évolution des inégalités et de la pauvreté a été mise en cause par Mme Lévy et MM. Concialdi, Gadrey et Maric dans un point de vue intitulé "Cohésion sociale : des politiques à l’aveuglette" et publié dans Le Monde du 2 juillet.

Pauvres statistiques

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En France, les statistiques officielles sont régulièrement l’enjeu de controverses. Après l’indice des prix ou la statistique du chômage, c’est maintenant la statistique officielle de la pauvreté qui est mise sur la sellette, à l’initiative du Réseau d’alerte sur les inégalités (Rai). Au mépris des évidences, le taux de pauvreté mesuré par l’Insee montre en effet ... une décroissance de la pauvreté relative dans les vingt dernières années. Le message subliminal est clair : il n’y a pas de problème majeur d’inégalités et de pauvreté dans notre pays. En réaction, le Rai a lancé un indicateur concurrent, le Bip 40 (Baromètre des inégalités et de la pauvreté, voir le dossier spécial dans Politis n° et le site bip40.org).

Les mauvais calculs de l’INSEE

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Entre 1 et 2 millions d’enfants pauvres en France : c’est le constat dressé dans le dernier rapport du CERC [1]. La fourchette est large : elle traduit la forte concentration des pauvres dans le bas de la distribution des revenus. Le CERC et l’INSEE, comme les autres administrations, privilégient le seuil le plus faible (50% du revenu médian) alors que les statisticiens européens retiennent un seuil de pauvreté monétaire un peu plus élevé (60% du revenu médian). Cela suffit pour expliquer un écart de 1 à 2. Mais l’INSEE se livre aussi à d’autres manipulations pour minimiser l’étendue de la pauvreté.

Cohésion sociale : des politiques à l’aveuglette

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Jean-Louis Borloo veut une politique ambitieuse en matière de cohésion sociale : louable intention ! Mais, pour évaluer les effets de l’action publique il faut disposer d’outils fiables, ce qui est encore loin d’être le cas aujourd’hui. Car l’ampleur de la fracture sociale est grossièrement minimisée par les statistiques officielles de la pauvreté. Ainsi de 1984 à 2000, selon l’Insee, le taux de pauvreté relative serait passé de 7,1% à 6,5% (Insee Première n°942, décembre 2003). L’Observatoire national de la pauvreté reprend ces chiffres dans son récent rapport. Comment baser une politique sur des indicateurs aussi biaisés, qui ne reflètent en rien l’évolution des inégalités au sein de notre société ?

Chafra- Congaléma/kou (Traduit du bantou : Charpin, Fragonard - Concialdi, Gadrey, Lévy, Maric - Coutrot)

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A propos du débat sur les statistiques de la pauvreté
Par Bernard Sujobert

Pauvreté - inégalités - prix - pouvoir d’achat

Partons du débat amorcé au creux de l’été 2004, dans deux contributions parues dans le Monde de juillet (les 2 et 22 juillet), intitulées :

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