Ne parlons pas d’inégalités à nos enfants !

Au lycée, une nouvelle fois, la filière économique et sociale (ES, anciennement B), qui est celle d’un tiers des bacheliers en moyenne, est dans la ligne de mire d’un ministre de l’éducation nationale.

Cette filière, pluridisciplinaire, dont les programmes et les méthodes pédagogiques sont un levier de lutte contre l’échec scolaire est aussi celle qui témoigne de la plus grande ouverture sur les questions de société : ses programmes comportent l’étude des inégalités, de la pauvreté, ou des revenus ; les lycéens peuvent y apprendre ce que signifient catégories et mobilité sociales et peuvent y réfléchir, par exemple, au rôle économique et social de l’Etat ou des services publics.

Alors que, en classe de Seconde, plus de 200 000 élèves font, chaque année, des sciences économiques et sociales, l’actuel projet de loi Fillon sur l’école conduirait à reléguer la matière au rang d’option facultative.

Selon l’Association des Professeurs de Sciences économiques et sociales (Apses), cette réforme, conçue pour des motifs d’économies budgétaires, aura de lourdes conséquences pédagogiques. Alors que la formation dispensée par les SES permet aux élèves d’apprendre à exercer "une citoyenneté critique", elle se trouve affaiblie au profit d’une "initiation à la gestion de l’entreprise" qui interviendrait, selon le projet de loi, en classe de Première.

La philosophie d’ensemble du projet de loi fait peser de graves menaces sur le système éducatif. Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a d’ailleurs voté contre ce projet, le jeudi 16 décembre 2004, à une très large majorité [1].

Le Réseau d’Alerte sur les Inégalités soutient le combat mené par les professeurs de sciences économiques et sociales contre la menace pesant sur leur enseignement et invite à signer la pétition lancée par l’Apses.

Le texte de l’appel de l’Apses

SOUTENIR LES SCIENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES ET LA SERIE ES

Le projet de loi d’orientation et le rapport annexé pour le lycée, inspirés sans doute par le désir de réduire les dépenses publiques et les effectifs de l’Éducation Nationale, constituent une grave menace pour l’enseignement des Sciences Économiques et Sociales et pour la série ES (anciennement B).

En supprimant de fait la seconde de détermination et en permettant aux élèves de ne choisir qu’un seul enseignement de spécialisation ( la langue vivante 2 incontournable en 1ère générale), ce projet relègue les Sciences Économiques et Sociales au rang d’option facultative. Ainsi les S.E.S. disparaissent des enseignements centraux du lycée et du débat éducatif sur « le socle commun » ou « la culture commune » des lycéens.

La suppression annoncée des dédoublements (sauf en langues), donc des séances de Travaux dirigés, fragilisera les apprentissages et l’appropriation par les élèves des fondements méthodologiques des sciences sociales.

Le projet propose d’orienter les SES vers des enseignements de gestion et de droit, c’est à dire vers un enseignement plus professionnel au détriment de l’actuel enseignement de culture générale reposant sur la démarche plurielle et le croisement des sciences sociales caractéristique de la série ES.

L’Association des Professeurs de Sciences économiques et sociales (APSES) revendique :

-  un enseignement de Sciences Économiques et Sociales pour tous les élèves de seconde d’enseignement général, avec un horaire suffisant, permettant aux élèves, d’une part d’apprendre à « lire la société » et à exercer une citoyenneté critique et, d’autre part, de choisir leur orientation en toute connaissance de cause.

-  Le maintien de la série Économique et Sociale, série d’enseignement général, fondée sur la formation d’une culture générale reposant sur trois pôles, sciences humaines et sociales (SES, histoire géographie, Philosophie), lettres /langues, et sciences, et sur des apprentissages méthodologiques propres aux Sciences Économiques et Sociales et exigeant des dédoublements horaires.

[1] A l’issue de huit heures de débat, le texte a été rejeté par 39 voix sur 52, dont celles de la FSU, qui dénonce "un vrai projet de régression". Quatre membres du CSE se sont prononcés pour, dont le Medef et la CFTC, neuf autres s’abstenant (CFDT, SNPDEN, PEEP, UNAF notamment).

Parents, élèves, étudiants, enseignants, chercheurs, peuvent signer la pétition lancée par l’Association des Professeurs de Sciences économiques et sociales à l’adresse : http://www.apses.org


Veut-on tuer les sciences économiques et sociales ? - Une tribune de Stéphane Beaud (sociologue), Pascal Combemale (professeur de SES), El Mouhoub Mouhoud (économiste) et Dominique Plihon (économiste) parue dans le Monde du 18 décembre 2004.
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