La planète de Serge Dassault

Serge Dassault possède cinq milliards d’euros, la cinquième fortune française. Non content de l’énorme pouvoir économique dont il dispose, il vient de se faire élire à 79 ans sénateur de l’Essonne, et de prendre le contrôle, pour près de 1,5 milliard d’euros payés cash à la famille Hersant, de la Socpresse et de ses soixante-dix titres, dont Le Figaro et L’Express.

Serge Dassault a conscience de l’importance des idées pour légitimer et maintenir l’ordre social dont lui et sa famille profitent outrageusement. Son incursion préparée de longue date dans la politique et dans la presse vise à « faire passer un certain nombre d’idées saines », comme il l’explique lui-même dans un entretien au magazine Entreprendre (décembre 2003).

Idées saines exposées dans Un Projet pour la France (Ed. Valmonde, 2001) : suppression de l’impôt sur la fortune et sur les successions, élimination des 35 heures et autres rigidités... « Aujourd’hui les Français vivent sur un nuage, on ne leur dit pas la vérité », déclare-t-il aux journalistes du Figaro : « on ne travaille plus assez, on a trop de contraintes, trop de charges » (Le Monde, 9/09/04). Les sept millions de précaires et de chômeurs apprécieront.

Cynisme éhonté ou pitoyable inconscience ? Un peu des deux sans doute, et aussi une bonne dose de mégalomanie, renforcée par le traitement obséquieux que lui accorde la presse nationale. Car quelle démocratie est donc la nôtre, où les maîtres du capital - les Bouyghes, Lagardère, Dassault et Pinault, qui contrôlent une fraction croissante des médias et de l’édition, peuvent afficher avec une telle arrogance leur stratégie de manipulation de l’opinion publique, sans s’attirer une vague d’opprobre et de condamnations ?

Si les Français vivent sur un nuage, où donc vit Serge Dassault ? « Il vit sur une autre planète », déplore Stéphane Beaudet, jeune maire UMP de Courcouronnes et concurrent local du milliardaire (Le Monde, 20/09/04). Ce n’est malheureusement pas le cas : Serge Dassault vit sur sa planète, que nous croyions sans doute naïvement être aussi la nôtre.

Thomas Coutrot

 


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