Les chiffres du BIP40
Qu’est-ce que c’est ? Il s’agit du nombre d’intérimaires rapporté au nombre total de salariés.
D’où ça vient ? De l’enquête Emploi de l’Insee, réalisée tous les ans au mois de mars jusqu’en 2002 sur un échantillon de 75 000 ménages répondants (environ 150 000 individus de 15 ans et plus). A partir de 2003, l’enquête est trimestrielle, et sa collecte a lieu en continu sur toutes les semaines d’un trimestre. Chaque trimestre, environ 35 000 ménages, soit environ 75 000 personnes de 15 ans et plus répondent à l’enquête. Le changement de méthode de collecte entre 2002 et 2003 induit une rupture de série sur cette variable.
Qu’est-ce que ça fait là ? Les contrats d’intérim sont une des principales formes d’emploi précaire utilisée par les entreprises privées, principalement dans l’industrie (dans l’automobile, on compte plus de 10% d’intérimaires parmi les ouvriers) et dans le bâtiment, mais aussi pour certains métiers du tertiaire (secrétariat, comptabilité....). Le nombre d’intérimaires comptabilisé par l’enquête Emploi a cru de 114 000 en 1985 à plus de 500 000 aujourd’hui.
L’employeur d’un travailleur intérimaire n’est pas l’entreprise utilisatrice, mais une société de travail intérimaire, qui est une entreprise de service aux entreprises. Celle-ci sélectionne et recrute le salarié, parfois propose des formations. Dans le droit du travail, le recours à l’intérim doit être limité à des missions de courte durée, en cas d’absence d’un salarié permanent, ou de surcharge provisoire de travail. En fait, par exemple dans l’automobile, les entreprises utilisatrices maintiennent souvent un volet permanent d’intérimaires (pouvant effectivement être utilisés pour une succession de missions courtes entre-coupées d’interruptions légales), qui servent de premier volet flexible. Dans les entreprises qui poussent jusqu’au bout la logique du zéro stock, du juste-à-temps, le volume de main d’œuvre doit en effet s’ajuster précisément à la production : par exemple, lors du lancement d’un nouveau modèle automobile, qui demande au début un peu plus de main d’œuvre, c’est l’intérim qui assurera l’ajustement.
A long terme l’augmentation constatée du taux d’intérim signifie une précarisation de la main d’œuvre. Mais attention, on considère souvent qu’à court terme l’emploi en intérim est un bon indicateur de la conjoncture : à la hausse, les entreprises commencent par faire travailler des intérimaires pour faire face à un surcroit d’activité, quitte à embaucher par la suite certains de ces salariés, et en cas de baisse de l’activité, elles se débarassent en priorité de leurs intérimaires (puis de leur CDD), avant de licencier.
Chiffres, attention danger !
Dans l’enquête emploi, ce sont les personnes interrogées elles-même qui déclarent si elles sont en CDD, ou en CDI, en intérim, etc. il peut donc y avoir des erreurs de déclaration. Par ailleurs, ces résultats proviennent d’une enquête par sondage : il faut tenir compte d’une marge d’erreur. Mais ces erreurs ne sont pas très importantes, dans le cas examiné ici. En revanche, on ne connaît pas l’entreprise utilisatrice, ni son secteur d’activité : tous les intérimaires sont classés dans les services aux entreprises. Une enquête spécifique de la DARES permet en revanche de ventiler l’emploi en intérim dans les secteurs utilisateurs.
Controverses
Certains observateurs ou chercheurs pensent que les contrats précaires, CDD ou intérim, ne permettent pas de bien mesurer la précarité de l’emploi. En effet, dans certaines entreprises (par exemple dans le commerce ou la restauration), les salariés sont embauchés avec des CDI (contrats à durée indéterminée) qui en principe les protègent, alors qu’en fait les licenciements sont très fréquents. En effet, dans ces petites structures où les syndicats sont quasi absents, il y a peu de contrôles sur la légalité des licenciements. De plus, les conditions de travail et de salaire sont telles que les salariés démissionnent plus souvent. De ce point de vue, on peut aussi utiliser d’autres indicateurs de précarité comme le taux de turn-over (demi-somme des taux d’entrée et des taux de sortie des entreprises sur un an, quels que soient les contrats d’embauche et les motifs de sortie) , ou la proportion d’emplois d’une durée de moins d’un an dans l’ensemble des emplois...
Alternatives
La précarité de l’emploi est non seulement une source de stress pour le salarié, de difficultés et d’instabilité des conditions de vie, mais aussi de coût à long terme pour les entreprises : les employés précaires ne peuvent bénéficier de formation qualifiante, ne peuvent améliorer significativement leur expérience, et les prestations intérim coûtent cher, elles intègrent notamment la marge des sociétés de travail intérimaire.
Pour faire face à l’absence inattendue d’un salarié ou à de brusques fluctuations de l’activité, pouvoir avoir recours à des salariés pré-selectionnés et formés peut se justifier. Mais d’une part, il est anormal que le « placement » de salariés, fusse de courte durée, soit pris en charge par des entreprises privées (et rentables !) qui auront à cœur d’élargir au maximum ce marché de la flexibilité. Le service public de l’emploi pourrait jouer ce rôle. D’autre part, il est important d’offrir aux travailleurs intérimaires la possibilité de se stabiliser dès lors qu’ils le souhaitent. Une prise en charge par le service public de l’emploi de l’intérim pourrait ainsi avoir aussi pour vocation d’assurer la reconversion de travailleurs intérimaires vers un emploi stable.
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