Les chiffres du BIP40
Qu’est-ce que c’est ? Le nombre de personnes détenues en prison rapporté à la population totale taux d’incarcération pour 100 000 habitants)
D’où ça vient ? Les chiffres de la population carcérale proviennent du Ministère de la Justice (voir http://www.justice.gouv.fr/chiffres/penit04.htm.
Qu’est-ce que ça fait là ? Une société qui a besoin d’incarcérer une fraction croissante de la population est une société qui va mal. Deux phénomènes se conjuguent pour expliquer le taux d’incarcération : le nombre d’infractions à caractère criminel (qui dépend notamment du nombre de personnes en situation de privation relativement aux normes sociales en matière de niveau de vie et de consommation), et la dureté de la politique pénale (à niveau donné de criminalité : propension du système judiciaire à incarcérer, notamment en détention préventive, durée des peines, politique de libération anticipée, ...). Les fluctuations récentes de la série du Bip40 tiennent au second facteur, la dureté de la politique pénale : elles reflètent la réforme de la détention préventive (Loi Guigou de 2000) qui a fait baisser le nombre de détenus, puis le durcissement des politiques répressives observé à partir de 2002.
Chiffres, attention danger !
Alors que les chiffres de la criminalité, largement diffusés par les médias, retracent au moins autant l’activité de la police (et notamment son activisme statistique...) que l’évolution réelle des crimes et délits, le taux d’incarcération, beaucoup moins commenté, est une mesure fiable du caractère violent et répressif d’une société à un moment donné. Si la responsabilité individuelle des auteurs de crimes et délits ne peut évidemment être niée, l’évolution de la statistique ne saurait être interprétée comme un « déclin de la moralité » mais bien comme l’expression d’une crise sociale multiforme à laquelle la société répond notamment par la mise à l’écart d’une fraction croissante de la population, dont toutes les études disponibles indiquent qu’elle est très majoritairement d’origine pauvre.
Alternatives
La création d’emploi et la réduction des inégalités sont les meilleurs moyens de réduire la criminalité : les pays où les inégalités sont faibles (Scandinavie, Belgique, Pays-Bas) ont les plus faibles taux d’incarcération, à l’inverse des pays anglo-saxons (USA, Royaume-Uni, Australie), du Portugal ou de l’Italie. D’autre part, une réforme de la justice et surtout des pratiques judiciaires réduisant le recours à la détention préventive contribuerait à réduire le taux d’incarcération.
A consulter ...
- Jean Gadrey, « Prélèvements obligatoires, efficacité économique et justice sociale », Conseil économique et social, 3/02/2005.
- Loïc Wacquant, Les Prisons de la misère, Éditions Raisons d’Agir, 1999.
- Laurent Mucchielli, Philippe Robert, Crimes, délinquance, sanctions, L’Etat des savoirs, La Découverte, 2002
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