Autour de la question des dépenses d’assurance maladie on avait entendu parler de la « maîtrise médicalisée ». Mais comme elle était demandée par certains, sans jamais être réellement mise en place par les autres, on ne savait pas trop ce que c’était. Le résultat des actuelles négociations entre les principaux, mais pas tous, syndicats de médecins libéraux et le directeur de l’UNCAM (ancien membre du cabinet du ministre et toujours branché sur le gouvernement) permet de mieux comprendre de quoi il retourne.
Dans le « point d’étape » du 3 décembre de ces négociations on pouvait lire que « les objectifs quantifiés de maîtrise médicalisée » devaient permettre de « dégager des marges de manoeuvre permettant de revaloriser le métier médical ». Plus loin dans le même « point d’étape » on était encore plus précis : « les parties signataires s’entendent pour revaloriser le métier médical dans le cadre du futur accord conventionnel par différentes mesures d’un montant total correspondant à la moitié des économies prévues ». En clair le deal est le suivant. Pour toute économie sur la dépense collective que vous nous permettez de faire la moitié est pour vous. On voit déjà combien le raisonnement est « médicalisé ». La question intéressante devient alors : sur qui ces économies vont-elles porter ? Qui va, en quelque sorte « payer » pour que les revenus des médecins puissent augmenter ?
Ici une parenthèse. Il n’est pas question de dire que les revenus des médecins ne doivent pas augmenter. Que les tarifs des spécialistes soient bloqués depuis plus de 15 ans est évidemment une preuve du dysfonctionnement du système. Qu’aujourd’hui le revenu moyen (pas le chiffre d’affaire, le revenu) d’un radiologue soit 4 fois supérieur à celui d’un généraliste montre clairement qu’il n’y a pas de politique publique dans ce domaine. Il faut donc poser la question du revenu des professionnels, de son niveau, de son évolution. Mais pour ce faire il faudrait enfin sortir du carcan du paiement à l’acte. Ici rien de tel. On ne met pas en place un mécanisme pérenne garantissant aux professionnels l’évolution de leurs revenus, on ne touche pas aux inégalités entre professionnels, on n’aborde aucune question de fond. Le seul problème que l’on cherche à résoudre c’est comment permettre à l’ensemble des médecins de voir leur rémunération augmenter sans que cela coûte plus cher à l’assurance maladie coincée dans un ONDAM à +3.2% alors que l’évolution réelle des dépenses en 2004 est supérieure à 4%.
Donc qui va payer pour que les revenus des médecins libéraux augmentent ? L’accord s’est fait sur une économie de 998 millions d’économie. L’emballage est évidemment assez joli. Il faut « étendre le champ des bonnes pratiques », il faut « réduire les disparités régionales inexpliquées », il faut « réduire la surconsommation au regard des constats dans les pays comparables »... Mais quel est le premier poste d’économie ? 455 millions à réaliser sur les Affections de longue durée (ALD) en réduisant le périmètre des soins pris en charge à 100%. Quel est le second poste d’économie ? 161 millions à réaliser sur « les remboursements des statines ». Et quel est le troisième poste ? 150 millions à réaliser sur les prescriptions d’arrêts de travail. Cela fait un total de 766 millions qui seront supportés, d’une manière ou d’une autre, par les patients et en priorité par ceux qui relèvent d’une Affection de longue durée. Plus des trois quarts des économies, et donc de la future hausse des revenus des médecins libéraux, sont à la charge des patients. Le quart restant repose principalement (225 millions) sur l’industrie pharmaceutique avec la diminution de la prescription des antibiotiques, des anxiolytiques et des hypnotiques et par le développement des génériques. Le reste (30 millions), qui repose sur les labos et sur les gastro-entérologues, est anecdotique.
Pierre Volovitch
- 541 lectures





Haut