Qui est pauvre en France ?

A la suite de notre article "Cohésion sociale : des politiques à l’aveuglette", Messieurs Jean-Michel Charpin, directeur général de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) et Bertrand Fragonard, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, ont fait la réponse suivante. A suivre.

La capacité de la statistique publique à rendre compte de l’évolution des inégalités et de la pauvreté a été mise en cause par Mme Lévy et MM. Concialdi, Gadrey et Maric dans un point de vue intitulé "Cohésion sociale : des politiques à l’aveuglette" et publié dans Le Monde du 2 juillet.

Les mauvais calculs de l’INSEE

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Entre 1 et 2 millions d’enfants pauvres en France : c’est le constat dressé dans le dernier rapport du CERC [1]. La fourchette est large : elle traduit la forte concentration des pauvres dans le bas de la distribution des revenus. Le CERC et l’INSEE, comme les autres administrations, privilégient le seuil le plus faible (50% du revenu médian) alors que les statisticiens européens retiennent un seuil de pauvreté monétaire un peu plus élevé (60% du revenu médian). Cela suffit pour expliquer un écart de 1 à 2. Mais l’INSEE se livre aussi à d’autres manipulations pour minimiser l’étendue de la pauvreté.

Chafra- Congaléma/kou (Traduit du bantou : Charpin, Fragonard - Concialdi, Gadrey, Lévy, Maric - Coutrot)

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A propos du débat sur les statistiques de la pauvreté
Par Bernard Sujobert

Pauvreté - inégalités - prix - pouvoir d’achat

Partons du débat amorcé au creux de l’été 2004, dans deux contributions parues dans le Monde de juillet (les 2 et 22 juillet), intitulées :

Pauvres statistiques

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En France, les statistiques officielles sont régulièrement l’enjeu de controverses. Après l’indice des prix ou la statistique du chômage, c’est maintenant la statistique officielle de la pauvreté qui est mise sur la sellette, à l’initiative du Réseau d’alerte sur les inégalités (Rai). Au mépris des évidences, le taux de pauvreté mesuré par l’Insee montre en effet ... une décroissance de la pauvreté relative dans les vingt dernières années. Le message subliminal est clair : il n’y a pas de problème majeur d’inégalités et de pauvreté dans notre pays. En réaction, le Rai a lancé un indicateur concurrent, le Bip 40 (Baromètre des inégalités et de la pauvreté, voir le dossier spécial dans Politis n° et le site bip40.org).

Cohésion sociale : des politiques à l’aveuglette

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Jean-Louis Borloo veut une politique ambitieuse en matière de cohésion sociale : louable intention ! Mais, pour évaluer les effets de l’action publique il faut disposer d’outils fiables, ce qui est encore loin d’être le cas aujourd’hui. Car l’ampleur de la fracture sociale est grossièrement minimisée par les statistiques officielles de la pauvreté. Ainsi de 1984 à 2000, selon l’Insee, le taux de pauvreté relative serait passé de 7,1% à 6,5% (Insee Première n°942, décembre 2003). L’Observatoire national de la pauvreté reprend ces chiffres dans son récent rapport. Comment baser une politique sur des indicateurs aussi biaisés, qui ne reflètent en rien l’évolution des inégalités au sein de notre société ?

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